Ecrivain anonyme...

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samedi 10 avril 2010

Un homme dans sa vie


« Qu'est qu'il y a Claire ?
- Je veux un enfant, Thomas. Un enfant... Un enfant de Martin ou de... »
C'est solide une pièce. Il y a un volume, un centre, des lignes. On sait où l'on est. On s'y tient. Dehors, je me serais sûrement enfui et perdu.
J'ai pensé ne jamais le dire. Pourtant, je balbutiai :
« Un enfant de qui ?
- Personne. »

Claire retrouve Martin, un homme qu'elle a croisé dans sa jeunesse. Une histoire courte. Une lente gestation. Huit mois racontés par un ami sans compassion.

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lundi 22 juin 2009

Fable à l'attention d'un blogueur cynique

Dans ce récit je prétends faire voir
D'un certain sot la remontrance vaine.
Un jeune enfant dans l'eau se laissa choir
En badinant sur les bords de la Seine.
Le ciel permit qu'un saule se trouva,
Dont le branchage, après Dieu, le sauva.
S'étant pris, dis-je, aux branches de ce saule,
Par cet endroit passe un maître d'école;
L'enfant lui crie: « Au secours! je péris.
Le magister, se tournant à ses cris,
D'un ton fort grave à contretemps s'avise
De le tancer : «Ah! le petit babouin !
Voyez, dit-il, où l'a mis sa sottise !
Et puis, prenez de tels fripons le soin.
Que les parents sont malheureux qu'il faille
Toujours veiller à semblable canaille !
Qu'ils ont de maux ! et que je plains leur sort !»
Ayant tout dit, il mit l'enfant à bord.
Je blâme ici plus de gens qu'on ne pense.
Tout babillard, tout censeur, tout pédant
Se peut connaître au discours que j'avance.
Chacun des trois fait un peuple fort grand :
Le Créateur en a béni l'engeance.
En toute affaire ils ne font que songer
Aux moyens d'exercer leur langue.
Eh! mon ami, tire-moi de danger,
Tu feras après ta harangue.
Jean de La Fontaine, Fable XIX, Livre I.

samedi 25 avril 2009

hearsay

An old shadow draws over the hours until the night
falls from bells
Listen
everywhere the temptation of sycamores turns life into
a way out
Listen
tiny tired shrubs sweep the dirty landscape on which the
men come
Listen
How a straw sky hatched from the same hand
that cut ears
I shall say
sometimes in the moonlight you’ll see the still smile of a
scared cat


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samedi 21 mars 2009

L'art de la formule est dans l'absence de formule


Un vendredi soir dans la capitale. Oliver Py est l'invité du rendez-vous présenté par Laurent Goumarre, une émission de France Culture retransmise en direct et en public depuis le centre Beaubourg.
Cette émission mériterait d'être filmée et diffusée sur Internet. Elle ne l'est pas. Nous ne verrons donc pas Sollers fumer à l'antenne. D'ici là, les spectateurs pourront toujours se demander si François Mauriac était PD ou homosexuel.

dimanche 1 février 2009

LA CRISE (DE 2003)


Nous bavardions en marchant lentement avenue Franklin Roosevelt. Sous nos pieds, des ombres, des pièces d'écorce d'arbres et quelques feuilles sales. Devant nous, un couple sans histoire. Ils allaient nous dépasser, continuer et disparaître au rond-point. Claire portait un petit sac de cuir rouge en bandoulière, une écharpe colorée et un manteau deux longueurs.
Elle parlait.
Claire était consciente des difficultés qu'elle rencontrait depuis peu. En ces temps de crise, l'individu est ce n'importe qui, celui à qui tout peut arriver. Il attend son tour ou son heure, une forme d'anonymat.
Il y a derrière le désordre des cycles économiques une vie animale, me dit-elle. Une vie d'hommes ! Des cas d'espèces. Elle y voyait une fable, qu'elle illustrait en dessinant avec ses mains une terre entre parenthèses.
Chanté, cela eut été :
La Grosse Pomme
Le ciel est en poussière,
elle est tombée par terre,
si bas que dans nos mains
file une corde sans fin.

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jeudi 1 janvier 2009

Qui a dit...


Parler d'économie de marché c'est comme jouer "Jeux interdits" à la guitare.

Le bien fondé... selon Adam Smith.

L'égoïsme des uns fait le bonheur des autres.

mardi 18 novembre 2008

Quatre saisons

Il était un hiver
Qui semblait monotone
Mais lui prenait son temps

On dit aux arbres verts
Ne craignez plus l'automne
Vous êtes des lilas blancs

Lorsque survint la mer
Ils finirent anémones
Et regrettèrent le vent


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Nietzsche est un con...


Les tous puissants ne meurent pas. Ils deviennent fous. Fous de ne pouvoir être autre chose que ce qu'ils auraient été s'ils n'étaient pas ce qu'ils sont.

Socrate est un chat...

L'ignorance pousse au vice qui ne mène à rien d'autre que de nous forcer à vivre pour exister.

dimanche 7 septembre 2008

Je n'écris pas quand j'ai les pieds froids...


Trois pages, rien d'autre. Décevant. Assez pour me servir un verre de vin. Rouge. Quel plaisir ! Le vin ? Non, le repos, la quiétude, l'oubli. Le bien-être de mon corps libérait en moi une harmonie nouvelle. Du vin. Vibrer, tournoyer ! Lever la main, imaginer prendre la parole, m'insurger et me livrer.
J'improvisai :
Si je le peux, je ne me révolterai pas. Un manifeste de moins.
Un trop-plein. L'histoire a fini dans la fosse aux idées. Une raison objectant, exempte de conscience. Passé et futur délivrés l'un l'autre. Une dérive. Nous dérivons sur des anticipations chaotiques, les courbes d'un avenir à minima. Accidenté ou accidentel ? Ni réel ni rêvé et pas même virtuel. Le règne de la contingence : attention, tout peut arriver !
Des petits plus. Ce n'est plus la peine. Ce n'est plus une peine ! Notre quotidien est devenu un jeu, avec ses règles, ses pièges, qui nous rapporte son lot d'essais et d'erreurs.
La vie a changé. Les temps ont changé. Nous y sommes, il n'y aura pas de monde meilleur. L 'histoire n'a pas de fin mais la notre si.
À nous de vivre débarrassés des idées.
Je pensais et faisais exactement le contraire. Quel carcan ! Quel manquement à la réalité ! Quelle absence de mysticisme ! Hélas... Aspiration hégémonique, croyance en l'irréversibilité ou fébrilité, je ne souffrais pourtant pas de ces affections partisanes, celles qui placent les idéologies dans une perspective historique.
J'étais au bord du sens commun, poussé à un dernier soupir.
Une page de tournée. Devais-je continuer ? Aller jusqu'au bout, droit au but. La mode est au sujet ? Alors, nous. Nous ou le réel enfermé dans une boîte. Nous, passés de la caverne à la lucarne, de la grotte au gouffre, avec la même incrédulité. Combien de temps perdu ? Je n'ai plus la force de me relever, je suis un homme endormi. Je m'épie. Combien sommes-nous ? Combien étions-nous ? À écouter. À vouloir entrer dans le poste, nous asseoir, interpeller ceux qui nous parlent, bavarder avec eux. Et continuer le matin à répondre aux questions...
Vivement le retour des slogans :
L'histoire a fini dans un débarras d'idées.
Médiateurs d'une représentation du pouvoir, des intellectuels en cessation de savoir, participent, pour un verre d'eau, à l'émancipation des systèmes et la collectivisation des esprits.
Sociétés en état de fait.
Justification sans fin des moyens.
Pensée unique égale différence entre opinion publique et liberté d'expression.
Avec notre accord tacite.
Sans moi ! Monter sur une table, brandir un billet et prendre mes distances ? Jamais ! Je n'étais pas assez fou.
Je démissionnai.
Débarras d'idées. Un devoir d'inventaire.
Intégration, chômage, ozone, SIDA. Carré magique. Que puis-je faire ? Que voulez-vous ? La démobilisation gronde aux frontières des luttes citoyennes et sociales. Une menace ? Annulons tout ! Le concept zéro plaît ? Après les corvées du bien-être, favorisons une culture du mieux-être.
Résistons, réjouissons-nous...
Un dernier verre de vin. Plus de leçons à tirer ou à donner. Je n'eus pourtant pas le courage de tout déchirer.
Post-scriptum :
À ne pas mettre entre toutes les mains.
Si instinct et conscience font vivre, il nous faut exister pour juger et de la déraison pour croire.
Les artistes n'ont qu'une vie. Ils sauveront l'art, pas le monde. Avec la sagesse de ne pas perdre de temps, le sens du paradoxe et un esprit de contradiction.
Adeptes du singulier, du présent, des circonstances, du particulier, partisans de l'équilibre, de la saisonnalité, de l'enracinement, ils font les gens se lever et s'asseoir, et non bouger les choses.
Ne sont-ils pas derrière nous lorsqu'on les croit devant ?

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jeudi 8 mai 2008

Born

I was in you
No dream
A thrill
No face
Hands
No cry
I will
Nowhere
I was by you


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mercredi 9 janvier 2008

Levant


Si vous ne connaissez pas l'auteur, si vous n'aimez pas la couverture ou si vous avez la flemme de lire la quatrième, les spécialistes s'accordent à dire que vous ne lirez pas les premières pages du livre que vous tenez dans votre main.

Couverture

Levant

De Amel Hamdi Smaoui

Nuages du couchant
s'étirant à l'infini
le ciel prend feu
* *

samedi 5 janvier 2008

Silence ! On tourne une nouvelle page de la littérature...

Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?

Une sélection de lecteurs :

Une sélection de sites :

lundi 31 décembre 2007

The Pogues and Kirsty MacColl - Fairytale of New York

[Happy christmas your arse... I forgot what else!]

mercredi 21 novembre 2007

Le jour se lève...


Beaucoup attendent que les choses changent, qu'elles bougent ou disparaissent. Moi, j'attends qu'elles m'arrivent.
Un autre jour, ce matin-là. J'ouvris en grand la baie vitrée. Autant que le vent, le froid m'enflamma. Où étaient-ils ? Libre à Claire de se cacher derrière le passé de Martin. Je lui tournai le dos. Ma vie était devant moi, sur mon bureau, un bureau submergé de livres, de feuilles. Parcourues, les lignes de ces textes donnaient un début de sens à mon existence. Imaginer, ressentir, entendre une voix fidèle ou infidèle, aimer des mots jamais lus ensemble, haïr une histoire différente, maudire l'auteur, sa jubilation, sa virtuosité, tout était là. Je pouvais être jaloux d'un autre, mais pas de Martin. Lui, Claire, tous deux étaient des êtres sentimentaux, sensuels comme certaines plantes sont carnivores, par nature. Simplement, ils vivaient à une époque non romantique. Claire aimait l'amour. Elle aimerait l'aimer.
Je rangeais mon bureau en attendant Philippe, lequel détestait Claire, mais cela n'était pas la raison de sa visite. Philippe revenait comme une constante dans ma vie. Nous avions en commun un quartier de Paris, notre adolescence, une scolarité que nous avions poursuivie ensemble. Avec le temps, j'avais découvert en cet esprit fier et critique un cruel manque de passion. Pire que l'ennui. Il en était unique, toujours le même, avec tout le monde.
Philippe passerait donc chez moi faire preuve d'intransigeance. Ma confession, un peu de musique, les derniers disques que j'avais achetés, ensuite un bar d'habitués. Là ou ailleurs, notre petit cercle se fermerait inexorablement. Venus en témoins ou victimes, nous y finirions défenseurs de nos personnes et ainsi par faire ce que les autres font : prendre ce qui est à prendre, dire ce que l'on peut taire. Qu'importe, Philippe détestait Claire, tout ce que je voulais entendre.

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A long time

Never is a long time

Now I know U will never
never be where I am
never
Now I know I will never
never be where I go
never
Now I know I will never
never know
never


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mardi 20 novembre 2007

attention à l'encaustique !

Parce que ça n'arrive pas qu'à ceux qui n'y pensent pas...

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dimanche 4 novembre 2007

Lola Nation


Lola Nation is a writer and poet from Venice, CA. Her short stories are written with dry humor, sarcasm and a dash of wit making even the most tragic moments humorous. Her poetry is sloppy free verse with the same attitude.

View Her Writing at the Cafe  

Haiku

Vous me demandez si ces vers sont bons. Renoncez à les lire. Quand ils sont écrits sous l'emprise des sens, l'impression prime sur l'intention.

Casse-tête coréen

Beat en stock

5x7x5 Soleil !

Histoire de


Le téléphone sonnait. Encore !... C'était Julia. Elle voulait surtout parler à Claire qui se trouvait à mes côtés.
Claire gémit :
« Je prends quelques jours... Non, Julia ! Je voulais juste avoir de tes nouvelles... Julia, s'il te plaît !... Je t'en prie ... Je ne sais pas encore où. »
Ces mots tombèrent sèchement. Je lâchai les pages du journal que j'avais dans les mains pour écouter. Claire se tut. Je levai les yeux. Face à moi, suspendue à un minuscule boîtier de téléphone devant la porte-fenêtre, Claire me laissa faire. Autant donner mon sang à une poupée, elle le savait. À cet instant, libre de les fermer, je levai encore mes yeux. J'entendis un oui. Puis un non ! Vivante et morte à la fois, Claire me tourna le dos.
Janvier, 7 heures — 19 heures. Dans la pénombre proche, quelques mètres, cette maison si particulière qui recelait des curiosités. À découvrir, une cour transformée. Un vrai jardin ! De grands pots de la taille d'un enfant. Il y avait même un arbre dans une équerre... Sur ma gauche, contre l'une des vitres sans rideaux, Claire regardait dehors. Elle caressait ses cheveux. Elle parlait avec Julia. Une voix calme, nuancée. J'entendis un murmure. Plus long et dense qu'un murmure. Un murmure qu'elle étira avec ses doigts. Lentement, doucement, ils glissèrent sur son visage, sa nuque, son cou et d'une épaule jusqu'à sa taille. Je vis sa main rouler sur sa hanche. Claire continua. Un peu. Subtilement. Elle fit presque un demi-tour et je la vis sourire. Le temps d'un sourire. Mais elle bougea. Claire quitta le salon et disparut, derrière la cloison coulissante de ma chambre qu'elle tira.

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samedi 3 novembre 2007

Sinking Machine

A storm of ideas rips heads off

News about all we do not see
With huge stop signs take over
in the speakers' corner

It grows from drops of life

Brain side effects for future
There blocks run through backs
That bleed in black

The color of sky may be true

What we'll be ruled by laws
of not-even-the-same-twice
looks like mice

An amazing chaos in theory


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samedi 8 septembre 2007

Rhétorique


« Quel est le pléonasme de la semaine, Thomas ? Boire une tasse ?
- Voter à droite...
- C'est toujours le même ! Rien de nouveau ?
- Pisser par terre !... »

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dimanche 26 août 2007

Yesterday

WEDNESDAY
Hazard is such a small city
Cleaning up old builds of life
I was doing over my mobile home
When I received some cold papers
from my sergeant at Utah beach

THURSDAY
Memory fields forever move to roads
My big jazzy gun scrambling on four wheels
As I drove myself in a human jerk of yes or no
I felt the whole wonderful world was behind me

FRIDAY
A hold of happy hours at hand
Around in nowhere
Except streets, a crowd
And that sweet days stick
I fell in a six feet pants

YESTERDAY
My bonnet was died

dimanche 19 août 2007

Au passage


Jeanne louait seule un studio à l'une de ses tantes ; sœur aînée de son père, qui lui payait le loyer. Jeanne avait attendu patiemment que cet appartement se libère. Depuis, elle ne cherchait pas à s'installer ailleurs. L'organisation de son emploi du temps était désormais bouclée jusqu'à la fin de ses études. Restaient les week-ends et les jours fériés à occuper.
Précisément... Pâques ! Nous y étions.
Je tenais à ne pas me laisser impressionner :
« Je sais qu'il y a la mer !
- Allons là-bas début août.
- L'eau devient rouge ?
- Il y a des régates. »
Nous étions de ce côté-ci de la Manche, le bord méridional, la côte normande, en baie de Seine, à quelques encablures d'un mémorial du débarquement, quelques dizaines de kilomètres de la gare maritime d'Ouistreham, un peu plus de l'embarcadère de la compagnie de ferries et à une distance raisonnable de l'île de Wight où nous devions nous rendre le premier week-end d'août. L'invasion de la rade naturelle de Cowes commence à la fin juillet quand une jeunesse vient du monde entier participer aux manifestations que Jeanne voulait me faire découvrir.
Après quelques variations sur le thème de la mer, j’interrogeai Jeanne sur la suite de nos vacances. Elle hésitait entre gagner le pays de Cornouailles et visiter l'Écosse. L'instinct poussait Jeanne vers le nord, vers l'étoile des plages de son enfance, ce diamant qu'elle montrait du doigt, face au vent qui lui recrachait au visage les vœux et le sable qu'elle venait de lancer.
Adolescente, Jeanne débarqua une première fois sur la petite île britannique de Wight. Elle me raconta qu'à douze ans, elle avait attrapé un coup de soleil sur les plages du sud de ce losange, souffert d'une terrible canicule et fait une découverte :
« C'est effrayant, tous les Anglais sont tatoués. »
Je pensais aux hippies, au festival.
« C'était en 1969 ?
- Thomas, plus personne ne s'en souvient. »
Jeanne préférait bacon, saucisses et haricots ; le bon goût d'un breakfast chez une habitante à la convivialité paroissiale, coloniale, anglaise et conservatrice.
Je marmonnai :
« C'est du scepticisme...
- Quoi ?
- L'anglicanisme ! »
Nous n'avons pas traîné.
Un minuscule mur de vieilles pierres à une croisée de chemins bientôt derrière nous. Nous continuions à pied sur une route qui menait au sweet-home ; la ferme de la grand-mère de Jeanne.
Je dus courir à travers champs quand elle partit devant. Je ne voulais pas la perdre. Moi, ce pèlerin à la recherche d'un asile, j'imaginais Jeanne héroïne de mon retour. Le premier jour, j'avais attendu l'envahissement de la nuit et notre intimité. Le matin suivant vinrent les brumes, une mélancolie passagère, des sautes d'humeur étonnantes. Puis, lors de la visite d'un musée qui traînait en longueur par ma faute, pressée d'en finir avec une tapisserie de la reine Mathilde, Jeanne disparut. Soudain frappé par son absence, je compris alors que je ne pouvais être dans son esprit qu'aventures et conquêtes. Un conquérant ? Mais quel exploit accomplir ? Rattraper Jeanne ne serait pas suffisant. La laisser faire et défaire me semblait être le plus simple pour nous deux. D'ailleurs, que restait-il à conquérir ? Presqu'îles, baies, pointes, dunes, calvaires, bunkers... Pas le moindre centimètre autour de moi qui n'ait pas un nom et une histoire.
Un homme, une femme. Hasard et nécessité. Qui ne veut croire à l'insouciance miraculeuse du partage des sentiments ? Trois jours d'un ciel changeant, de vergers, de verres de cidre, d'éclaircies, d'une volée de tendresse, de vœux faits à Pâques. L'idée d'un départ en vacances. Et pour nous deux, l'envie de partir !

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mercredi 15 août 2007

Bloody Chamber

Rien n’est plus sensuel que l’extrême silence qui s’empare de moi lorsque je referme ce livre.

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dimanche 22 juillet 2007

Avis de recherche

Je recherche celui qui a fait ça :

Le lascar est à Jakarta.

jeudi 19 juillet 2007

Oh putain !


A Portrait of the Artist as a Young Man

by James Joyce

Chapter 1

Once upon a time and a very good time it was there was a moocow coming down along the road and this moocow that was coming down along the road met a nicens little boy named baby tuckoo...
His father told him that story: his father looked at him through a glass: he had a hairy face.
He was baby tuckoo. The moocow came down the road where Betty Byrne lived: she sold lemon platt.
O, the wild rose blossoms
On the little green place.
He sang that song. That was his song.
O, the green wothe botheth.
When you wet the bed first it is warm then it gets cold. His mother put on the oilsheet. That had the queer smell.
His mother had a nicer smell than his father. She played on the piano the sailor's hornpipe for him to dance. He danced:
Tralala tralaladdy,
Tralala lala,
Tralala lala.
Uncle Charles and Dante clapped. They were older than his father and mother but uncle Charles was older than Dante.
Dante had two brushes in her press. The brush with the maroon velvet back was for Michael Davitt and the brush with the green velvet back was for Parnell. Dante gave him a cachou every time he brought her a piece of tissue paper.
The Vances lived in number seven. They had a different father and mother. They were Eileen's father and mother. When they were grown up he was going to marry Eileen. He hid under the table. His mother said:
- Stephen will apologize.
Dante said:
- O, if not, the eagles will come and pull out his eyes. -
Pull out his eyes,
Apologize,
Apologize,
Pull out his eyes.
Apologize,
Pull out his eyes,
Pull out his eyes,
Apologize.

dimanche 8 juillet 2007

Purge


Finir nu comme un ver… Un temps pourri. J'étais gâté !… Ne pas sortir me condamnait à trouver refuge dans un monde plus grand. Dans l'intimité, l'art est un état tout aussi irrésolu que l'angoisse. La féerie schizophrénique en plus.
Cela ne dure pas. Les mots ne tiennent pas.
À ce propos, je me rappelle les leçons de mon père, graphiste, publiciste, vulgarisateur et volontiers prosélyte d'une modernité plastique :
 Au début, il y a eu l'image, m'avait-il expliqué. L'homme s'est levé pour dessiner sur les parois de sa caverne. »
Ceci également me vient de mon père :
« Depuis le premier roman, s'écrit le livre des morts.
La vie est une condition.
L'intelligence est un devoir de mémoire.
Bientôt la raison aura conscience de la fin de l'histoire.
Peter Handke est le dernier des auteurs. »
Handke, l’homme qui a perdu son honneur en affirmant sa non-slovénité...
Ces points de suspension ne suffisent pas à donner un sens à ce qui précède. Des lignes, il en faudrait des milliers. Écrire est une affaire de petites mains. Mon père me l’a répété. Il m'a encouragé, découragé, culpabilisé. En tout cas, il a réussi à me faire travailler avec lui.
J'ai beaucoup appris — à couper une phrase et y coller un mot avant de prendre ma pause…
Tout était si simple. À la fin du xxe siècle, ma génération prend conscience de la nature perceptive des motivations de masse. Nous avons remis le pouvoir aux images et le monde en état de marche. L'introspection des mythes collectifs a nourri nos rêves individuels. Une part à consommer sur place et le reste à emporter. Un petit tour dans la bonne direction, deux tours et plus rien.
Tout était devenu si trouble, refoulé, hurlant. Désolé ! En crise. Crise de civilisation, d'identité. Un repli sur soi qui transformait le monde en une minuscule prison cadenassée par notre obsession de l’irresponsabilité, par la peur que la liberté n’ait pas de sœur ou l’espoir qu’elle n’ait pas de visage.
Dans le métro, je marchais sur des idées sans fond, des objets sans forme, des idoles sans nom. Publicité à terre, gratuite, qui ne se paierait pas ma tête ! Comme, à les regarder, celles de ces passagers, étrangers, individus, iconoclastes, avec qui je sortais sauf, à l'air libre, de cette perte de contrôle des imaginations.
Avec le même regard, une voûte souterraine se changeait en angles d'une ville, les premières pierres d’un rêve construit sur une pulsion créatrice née de la frustration nouvelle de la beauté des êtres, de la férocité des œuvres et des libertés prises par d'autres.
Merci à la littérature. Littérature, sauvée de la figuration par le cinéma ou la photographie — ainsi que de l'abstraction par la peinture et le silence.
Sans idées fixes ou jardins d'enfance, je me trouvais un jardin d'hiver. Je lus Soudain l'été dernier tout en regardant le film. Un film dont la beauté sauvage m'inspira une maison blanche. Une maison sur une lande. La lande d'une île proche d'un continent. Je cherchais en vain une dimension humaine dans une clarté balayée par de grandes vagues d'impressions. L'île vierge devint un astre noir. Je déchirai la page. Une autre réminiscence, un village roman. Dévêtue par la lumière du jour et la chaleur de l'été, une femme brune traversait la place d'une l'église avant de disparaître dans une fontaine sous les yeux d'un photographe assis sur un banc. J'avais un modèle. J'imaginais la naissance d'une histoire couchée sur du papier, avec une tête, un corps, des mains, des seins... Je songeais même à écrire une pièce de théâtre. Une pièce qui débuterait par un acte salutaire. Un acte d'amour :
« L'avez-vous tuée ? »
Je m'essayais au mélange des genres. Une façon comme une autre de tout faire, tout prendre et ne rien perdre. Je ne sortais de chez moi que pour remplir ma vie et non pas en changer. Encore que j'eusse aimé me travestir, oser me promener dans les rues avec une canne, prendre mon élan rue de Rivoli et mesurer aux Tuileries toute l'importance des lieux.
Cela se passe le long des grilles. À pied, à cheval, en voiture, tous, inconnus ou célèbres, ont disparu, disparaissent et disparaîtront ici, leur souvenir sacrifié depuis des siècles à la mémoire de ces maudites pierres.
Demain, Paris sera encore la plus belle ville du monde, comme toutes les autres plus belles villes du monde.

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mercredi 13 juin 2007

Marx est mort...

[Mise à jour]:: V.2 (à la demande de la famille)

Freud est vivant...

[Mise à jour]:: V.2 (à la demande de Marguerite Duras, née Marguerite, Germaine, Marie, Donnadieu)

samedi 9 juin 2007

Aigreur

La proximité lexicographique entre machiavel et machination était pratique, un pense-bête. Le machisme me renvoyait à une autre définition. Je refermai le dictionnaire sur masculin.
Voilà ce qui reste à faire, sans cynisme ni misanthropie, rancune ou honte, mais avec opportunisme, à la manière de ces gauchistes vieillissants reconvertis en gardes suisses de l’ère néo-conservatrice. À l'aube du XXIe siècle, si la trajectoire des parcours intellectuels des trente dernières années est respectée, dans les cinq, dix ou quinze prochaines, par le simple effet mécanique de la diffusion du mouvement civilisationnel, il nous sera alors possible d'annoncer, déduire, justifier, prouver… Bref, de laisser croire que nous avons trouvé des mots nouveaux et revisiter la domination d’un sexe fort, restructurer, reconstruire, recoloniser. À la mémoire de notre puissance passée, nous érigerons l’état de fait et nous imposerons le silence. Car qu'est ce qui a changé ? Le devoir d'agir et le droit de parler ont terrassé le patriarche. Foutu temps présent ! À nous d’être l’un de ces vieux hommes admirables, sourcilleux et droits dans le froc.

Lisez le reste...

mercredi 23 mai 2007

Marx est vivant...


De la même manière, lors d'une émission télévisée, j'avais entendu avec un certain amusement l'annonce de la résurrection de Karl Marx en père de la globalisation. Père, oui !, de la Sainte Trinité de l'être socialiste. Ainsi donc, nous accorderons à Engels la mention d’Esprit Saint et réhabiliterons Lénine, le fils prodige qui inventa la nouvelle économie. Reconnaissons aussi que les fonds communs de placement sont une forme de propriété collective des moyens de production. Souvenons-nous également que, dans la Bible, l'Armageddon est une lutte finale. Je me permettrai enfin d'inviter le vénérable professeur Lyssenko, qui viendra nous parler des OGM. Et pour ne rien oublier, une adorable athlète — femme ou poupée —, s’exprimera sur le dopage dans les pays de l'Ouest. Pourquoi ? Pour rendre aux sportifs les muscles, drogues et 4x400 mètres qu'ils ont gagnés.

Lisez le reste...

Freud est mort...


...J'écoutais, sur une radio anglaise, un communiqué quasi officiel qui rappelait la nature explicative de l'œuvre de Sigmund Freud. Je m’interrogeais. La vie n’est-elle qu’un trait tiré entre une enfance et la mort ? On découvrira sûrement un jour qu'elle n'est pas aussi plate que ça… Dans ce cas, les sciences humaines suivraient la course de celles de la terre.

Lisez le reste...

jeudi 19 avril 2007

Emily Dickinson

Ne fermez pas les yeux sur un grand poète.

IX.

Have you got a brook in your little heart,
Where bashful flowers blow,
And blushing birds go down to drink,
And shadows tremble so?

And nobody knows, so still it flows,
That any brook is there;
And yet your little draught of life
Is daily drunken there.

Then look out for the little brook in March,
When the rivers overflow,
And the snows come hurrying from the hills,
And the bridges often go.

And later, in August it may be,
When the meadows parching lie,
Beware, lest this little brook of life
Some burning noon go dry!

L'oeuvre complete d'Emily Dickinson
Emily Dickinson sur online-literature.com